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Il y a bien longtemps, quand les prix étaient en francs, qu'on pensait que Clinton était le pire président américain depuis Harding, je me suis fait un beau traumatisme à la jambe en chutant d'une moto que je n'avais absolument pas le droit de conduire.
Suite à ce juste rendu de monnaie sur ma connerie, j'ai occasionnellement une collection de fluides corporels qui se produit au niveau du mollet.
Un peu comme les JO, ça arrive généralement tous les quatre ans. Et donc a chaque fois cérémonie d'ouverture chez le généraliste, et cérémonie de clôture chez un échographiste qui ponctionne le nauséabond liquide grâce à l'image en 3D que les ultrasons lui renvoie (la technologie c'est quand même fou).
Mais cette année, probablement en hommage à l’état du monde, cette protubérance d'habitude attendrissante et flasque est apparue rouge, dure, inflammé et avec un bon 41 de fièvre.
Donc bien sûr, le fameux passage aux urgences est obligatoire. En raison de la température relevée de 41.3C je passe devant tous les petits vieux et les enfants (Vous en avez rêvé ? Je l'ai fait).
On me prend en charge, on me questionne. Entre un interne.
Vivant avec cette condition depuis la pré- adolescence, j'en connais tous les tenants, aboutissants, termes médicaux et détails anatomiques.
J'explique donc à l’interne un peu médusé que c'est la fâcheuse conséquence d'un décollement traumatique de Morel-Lavallée qui généralement se limite à la branche postérieure de la grande saphène dans la profondeur (mot compte triple les enfants)
J'ai donc accès en une trentaine de secondes au résident, qui regarde, lance un regard grave, regarde sa montre, lance un regard encore plus grave.
“Alors oui mais il est 16h45, donc l'imagerie c'est compliqué, on va vous mettre sous antibiotiques et paracétamol et vous passez la nuit en observation”
Soit.
Au milieu d'une douce nuit sur un matelas en mousse qui a la particularité quantique de faire ressentir à votre dos chaque morceau du cadre du lit d'un hôpital, au milieu des tremblements et des bouffées de chaleur sponsorisées par la fièvre et NordVPN, arrive le résident de nuit.
Il ne peut rien faire pour ponctionner, mais comme c'est cet hôpital qui assure la permanence du scanner pour le sud du département, il déclare fièrement, tel le super héros Captain Obvious :
“Ah bah on a un scanner, donc un va faire un scanner de la jambe entière. C'est pas conventionnel de faire la jambe entière mais on a un scanner. Vous avez deja fait un scanner ?”
Interloqué et plaisantin je réponds
“Mais vous avez vraiment un scanner ?”
La blague flotte dans la pièce tel un pet de mogettes de Vendée.
Fan inconditionnel de la mini série Chernobyl HBO, je me prépare à ma petite dose de radiation. “Not great, not terrible”.
Après avoir joué à la saucisse dans le donut pendant 15min, je peux voir sous mes yeux ébahis une image d'une précision incroyable.
J'apprends que le scanner est neuf, ce qui explique sûrement l'enthousiasme débordant du médecin.
On y voit du gras, du gras, du gras, du muscle (Merci le vélo) et les os. Et puis ce petit décollement rempli de liquide qui me pourrit cette belle fin de mai aux températures sahariennes.
“Ah il y a des bulles…” dis le radiologue
“Pétillante à la source”. La blague fait mouche, le radiologue aux traits tirés rigole franchement.
“Très drôle, mais ça indique surtout la présence de microbes anaérobiques”
Me retenant d'imaginer une bactérie comme dans “Il était une fois la vie” habillé en moule-bite fluo, je demande si c'est mieux ou pire qu'un microbe normal.
“Ca dépend”
Je remonte. On me rajoute des antibiotiques “très puissants”, inconfort général. Je dors quelques heures.
Réveil à 7h, je suis poussé tel un roi de l'ancien régime dans mon lit au milieu des manants pour aller à la ponction assisté d'échographie.
D'abord l'échographie.
“Ah non c'est trop gros ça, et c'est trop gonflé ! Vous allez voir un chirurgien orthopédiste”
Retour en mode Louis Croix V Bâton.
Arrivée en orthopédie.
Il regarde l'échographie, il regarde le scanner.
“Ah non mais c'est juste sous la peau, je vous envoie à l'échographie”
Le brancardier, tel le chevalier défendant son suzerain, intervient :
“C'est l’échographie qui vous adresse le patient docteur”
Réponse
“Ah bon euh. Dans ce cas, il faut le trouver un chirurgien dermatologue. Envoyez le a [Grande Ville à 70 km].
Il y a un infectiologue-dermatologue, c'est ce qu'il lui faut.”
Retour en chambre.
La secrétaire contacte l'hôpital. Réponse directement dans le style :
“C'est une opération basique, on ne prendra pas ça en urgence. Ici les urgences c'est la peste, la rougeole et la rubéole. C'est à votre chirurgien de le faire”
Nouvelles consultation avec un autre chirurgien orthopédique :
“Ah! Mais c'est tout petit, même pas 300cc. C'est à ponctionner sous écho par un radiologue ça”
Je réponds que le radiologue dit que c'est trop gros pour lui.
“Ah oui mais sans guidage, moi…”
Vient alors une idée géniale à mon cerveau migraineux des antibiotiques :
“Est-ce que vous pouvez vous déplacer en radiologie pour ponctionner pendant que l'échographe guide ?”
L'insolence de l'idée le fige un moment.
“Oui c'est possible, mais du coup un devra codifier et facturer les deux opérations”
Entre ça et mourir de septicémie…
Mais il est déjà 16h, la procédure est donc décalée à demain.
Le lendemain est un succès, soulagement immédiat, la fièvre baisse, et je rentre à la maison manger des antibiotiques pour 15j.
Tout ça pour dire que si une idée vous paraît logique, sortez-la. Au pire vous passerez pour un con.
Et un grand merci aux brancardiers au passage
Edit
Merci à tous de rire avec moi de ces aventures. Si vous aimez le style, n'hésitez pas à lire l'histoire de mon furoncle d'il y a 4ans.